23 outubro 2012

Criação do método subjetivo

Citação bastante grande que trata inicialmente do dualismo homem-mundo, das leis naturais e das leis lógicas (ou seja, epistemológicas), para em seguida tratar do que realmente interessa no capítulo I do v. I do Sistema de política positiva: a criação do método subjetivo positivo. Ele é o fundamento da Religião da Humanidade - e, como se pode constatar facilmente a partir da leitura dos trechos abaixo, não há absolutamente nada de misticismo nele; ao contrário, há preocupações sociais, morais, há a consciência das limitações humanas e dos meios de que dispomos para superá-las.

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“Toutes les spéculations positives reposent donc, en dernier ressort, sur un concours continu entre la fatalité et la spontanéité, sources respectives de constance et de variation. Le dogme fondamental du positivisme consiste ainsi dans l’harmonie universelle entre deux sortes de lois, à la fois antagonistes et solidaires, les unes extérieures ou physiques, les autres intérieures ou logiques. En termes plus généraux, et pourtant mieux définis, la constance des relations naturelles résulte de la conciliation permanente des lois biologiques avec les lois cosmologiques.

A travers les nuages métaphysiques, les vrais penseurs ont toujours pressenti, plus ou moins confusément, ce grande dualisme, base nécessaire de toutes nos connaissances. Surtout depuis Kant, on a compris que les lois physiques supposent des lois logiques, comme en sens inverse. Mais la saine philosophie biologique pouvait seule procurer une vraie consistance à ce premier aperçu, où d’abord les fonctions intellectuelles se trouvaient irrationnellement isolées des autres fonctions vitales. On a dès lors reconnu qu’une telle harmonie, nullement absolue, est toujours doublement relative à la nature de l’organisme et à celle du milieu. Elle varie, donc, même sur notre planète, entre les divers modes ou degrés d’animalité, quoique ses variations ne soient jamais arbitraires. Les spéculations humaines se présentent ainsi comme consistant surtout à concevoir cet ordre relatif, autant que le comporte notre nature et que l’exige notre situation. Mais ce dogme fondamental ne pouvait être pleinement compris, ni même purifié de toute tendance absolue, tant que la notion générale des lois biologiques proprement dites n’était pas complétée et systématisée par celle des lois sociologiques. Depuis cette fondation décisive, le système des notions humaines se trouve assujetti à une dernière classe de variations regulières, indépendantes de notre nature comme de notre situation, et seulement relatives à l’évolution sociale. Sa considération continue est tellement indispensable pour concevoir la marche véritable de nos pensées, que, sans elle, on ne saurait expliquer ni leurs caractères propres ni leur enchaînement mutuel, successif ou même simultané. D’un autre côté, si les lois correspondantes pouvaient nous être assez connues, elles seules suffiraient pour remplacer toutes les autres, sauf les difficultés de déduction. Car toutes nos découvertes, quoique accomplies toujours par des organes individuels, sont, au fond, des actes de l’Humanité, et dès lors régies directement par les lois propres au Grand-Être, de manière à comporter des prévisions sociologiques. Mais, d’une autre part, ces lois suprêmes de la philosophie relative se trouvent nécessairement subordonnées aux deux ordres de lois préliminaires, extérieures et intérieures. Ainsi, sans insister sur des hypothèses où il ne faut voir que d’utiles artifices didactiques, le système définitif de nos conceptions positives consiste à lier convenablement la notion de l’Humanité au dualisme préalable entre le monde et la vie.
Les deux éléments de ce grand dualisme sont donc à la fois plus distincts et plus inséparables que ne l’indique jusqu’ici leur étude respective. Pour se mieux représenter leur diversité et leur solidarité, il suffit de considérer la manière dont nous apprécierions la vie dans un milieu accessible seulement à notre lointaine mais complète exploration visuelle. Nous n’y apercevrions d’abord, comme envers nos planètes actuelles, que sa simple existence inorganique, qui absorberait les phénomènes biologiques. Mais leur propre réaction sur le milieu nous ferait ensuite distinguer ces événements moins prononcés, appartenant à des êtres plus complexes et plus variables. L’étude totale se décomposerait alors en deux, l’une inorganique, l’autre organique, qui deviendraient également indisciplinables à la vraie conception du système exploré. C’est à peu près ainsi, quoique à un degré beaucoup moindre, que nos procédons de loin à la découverte d’une nouvelle existence animale, ou même humaine. Le milieu seul nous frappe d’abord, et peu à peu nous en distinguons l’être sans cesser de l’y subordonner.
Ayant ainsi caracterisé l’harmonie nécessaire entre les deux parties essentielles de la philosophie naturelle, il faut apprécier l’ordre fondamental de leur succession, destinée surtout à fournir la base rationnelle de la philosophie sociale.
Cette commune destination détermine aussitôt la marche systématique des deux études préliminaires. En effet, les mêmes motifs généraux, soit scientifiques, soit logiques, qui nous ont d’abord représenté la cosmologie et la biologie comme devant précéder la sociologie, nous conduisent maintenant à reconnaître aussi que la cosmologie doit préparer la biologie.
Il n’y a donc aucune hésitation possible aujourd’hui entre les deux méthodes opposées que semble comporter la formation totale de la philosophie naturelle. La méthode objective, qui procède du dehors au dedans, du monde à la vie, peut seule convenir à une telle élaboration, tant systématique que spontanée. Mais il reste pourtant à déterminer aussi la participation finale de la méthode inverse ou subjective, qui va du dedans au dehors, de la vie au monde. Puisque l’Humanité lui dut son premier essor mental, il faut bien que, régénérée d’après un autre principe, elle concoure à fonder l’état normal de notre intelligence. Telles sont les deux grandes explications qui doivent compléter ce chapitre, suivant l’ébauche déjà présentée dans le discours préliminaire, d’après les bases posées par mon ouvrage fondamental.
Ce premier traité a tellement établi la vraie hiérarchie des sciences que je puis ici me dispenser de revenir sur une loi encyclopédique maintenant admise partout. On sait qu’elle résulte de la généralité décroissante et de la dépendance croissante des phénomènes correspondants. Ces deux principes, nécessairement équivalents, déterminent finalement la dignité graduelle des diverses sciences abstraites, d’après leur relation plus ou moins directe avec les phénomènes de l’humanité, moins généraux et plus dépendants que tous les autres.
Les lois cosmologiques sont essentiellement indépendantes des lois biologiques, qui n’y apportent que des modifications secondaires, presque toujours négligeables envers le milieu inerte, quoique indispensables à l’être vivant. Au contraire, l’existence organique se trouve intimement subordonnée à l’existence inorganique, même planétaire ; en sorte que quelques changements fort simples dans la constitution d’un astre empêchent d’y concevoir la vie. La généralité supérieure des lois cosmologiques est encore plus évidente, puisque les corps qu’elles régissent exclusivement prédominent au point de sembler réduire la vitalité à une sorte d’exception. Sur notre propre planète, la seule où nous puissions connaître les lois biologiques, la vie n’est possible que dans les couches superficielles ; et, même là, la masse totale des êtres correspondants ne constitue qu’une petite fraction de la masse inerte.
Ainsi, sous l’aspect scientifique, l’étude positive de la biologie exige une profonde connaissance générale de la cosmologie, dont les principales lois dominent toujours les diverses fonctions vitales. La subordination logique est encore moins contestable, puisque la simplicité des phénomènes inorganiques, suite nécessaire de leur généralité, les rend seuls propres à l’élaboration fondamentale de la méthode universelle.
Sous ses deux faces rationnelles, la coordination systématique des études préliminaires se trouve donc conforme à leur enchaînement spontané, en vertu des mêmes motifs essentiels, dont la prépondérance est à la fois dogmatique et historique. Cette coïncidence n’offre rien d’accidentel, d’après la similitude inévitabel entre l’initiation individuelle et l’évolution collective.
La méthode objetive doit donc prévaloir autant dans l’ordre dogmatique des connaissances réelles que dans leur filiation historique. Elle seule peut établir solidement le dogme fondamental des lois naturelles, en appréciant d’abord les cas les plus aptes à manifester l’invariabilité des relations. Si, au contraire, la méthode subjective dut présider à notre enfance intellectuelle, c’est uniquement d’après sa convenance exclusive envers la conception des causes proprement dites, sur laquelle devaient se concentrer nos premiers efforts. La simple opposition de ces deux marches, suivant leurs destinations caractéristiques, constitue la vraie source générale de l’antagonisme radical entre la philosophie positive et la philosophie théologique.
Mais cette immense lutte préliminaire, qui domina l’ensemble du passé, est maintenant terminée, puisque le positivisme, enfim complet, constitue irrévocablement la seule religion normale. Dès lors, il faut revenir sur l’exclusion provisoire de la méthode subjective par l’élaboration scientifique. Car cette marche possède, en elle-même, d’immuables propriétés, qui peuvent seules compenser les inconvénients du mode objectif. Notre constitution logique ne saurait être complète et durable que d’après une intime combinaison des deux méthodes. Le passé ne nous autorise nullement à les regarder comme radicalement inconciliables, pourvu que toutes deux soient systématiquement régénérées, suivant leur commune destination, à la fois mentale et sociale. Il serait tout aussi empirique d’attribuer à la théologie un privilège exclusif envers la méthode subjective que d’y voir la seule source de l’aptitude vraiment religieuse. Si désormais la sociologie s’est pleinement emparée de ce dernier attribut, elle peut également s’approprier l’autre, d’après leur intime connexité.
Pour cela, il suffit que la méthode subjective, renonçant à la vaine recherche des causes, tende directement, comme la méthode objective, vers la seule découverte des lois, afin d’améliorer notre condition et notre nature. En un mot, il faut qu’elle devienne sociologique, au lieu de rester théologique. Or, cette transformation finale, auparavant impossible, résulte spontanément de la récente extension des théories positives à l’évolution fondamentale de l’humanité.
En effet, cette conquête décisive termine enfin le régime provisoire de notre intelligence, et installe aussitôt son régime définitif. Jusqu’alors, l’esprit positif n’avait pu qu’élaborer instinctivement des matériaux, sans concevoir l’ensemble de l’édifice correspondant. Désormais, en reprenant, pour l’éducation dogmatique, ce préambule indispensable de l’évolution historique, sa marche deviendra pleinement rationnelle, d’après une constante appréciation de la construction finale qu’il doit préparer. La fondation de la sociologie permet à la méthode subjective d’acquérir enfin la positivité qui lui manquait, en nous plaçant irrévocablement au point de vue vraiment universel. Ainsi régénérée, cette méthode doit mieux développer son éminente aptitude exclusive à faire directement prévaloir la considération de l’ensemble, que seul est pleinement réel. Sans son ascendant normal sur la méthode objective, celle-ci ne pourrait assez éviter les aberrations théoriques qui lui sont propres, soit par divagations, soit par illusion.
Notre vraie constitution logique résulte donc d’un concours définitif entre la méthode subjective et la méthode objective, respectivement consacrées à diriger l’esprit d’ensemble et l’esprit de détail, également indispensables à nos constructions réelles. C’est à la première qu’il appartient désormais d’instituer toujours la seconde, qui, en retour, améliorera sans cesse ses matériaux dogmatiques. Leur ensemble fonde la logique vraimente religieuse, qui consacre, en les régénérant, les deux voies opposées que suivirent la théologie et la science pour préparer, chacune à sa manière, notre état définitif. Dans toute recherche ultérieure, le Grand-Être, enfin dégagé de ses divers précurseurs, posera directement chaque question, et instituera l’ensemble de la solution, en réservant l’élaboration à ses dignes organes individuels.
Je ne crains pas de citer ici mon exemple personnel, comme très-propre à eclaircir cette difficile appréciation. L’ensemble de mes travaux philosophiques confirme directement cette pleine conciliation finale entre la méthode objective et la méthode subjective, qui auront ainsi dirigé tour à tour mes deux élaborations principales. Dans mon traité fondamental, la première domine évidemment, au point de sembler tendre vers une prépondérance exclusive et irrévocable. Mais cet ascendant était alors conforme à la nature d’une opération philosophique où la saine analyse posait peu à peu les diverses bases essentielles d’une vraie synthèse. Ce premier travail aboutit enfin à permettre la régénération directe de la méthode subjective, par la fondation de la sociologie. Ainsi devenue aussi positive que l’autre, cette marche plus rationelle préside maintenant à mon second grand ouvrage. Je l’y ai déjà employée souvent, soit dans le discours préliminaire, soit même dans ce chapitre, pour systématiser davantage des conceptions dogmatiques qui d’abord émanèrent de la méthode objective. Cette explication directe de sa prépondérance normale me permettra désormais d’en mieux utiliser les hautes propriétés intellectuelles et morales.
L’accord naturel des deux méthodes se trouve ici constaté directement, puisque l’ordre dogmatique des sciences, déterminé d’abord par la méthode objective d’après leur simple enchaînement rationnel, vient d’être consacré par la méthode subjective au nom de leur destination religieuse. Cette concordance décisive deviendra encore plus sensible dans les deux chapitres suivants, où la même marche synthétique établira la constitution définitive de la cosmologie et de la biologie, que l’élaboration analytique put seulement ébaucher, ou plutôt préparer. Mon ouvrage fondamental fit graduellement converger les diverses théories positives vers un ensemble d’abord confus. D’après cette construction, le traité actuel fera directement réagir cet ensemble pour la systématisation finale des conceptions préliminaires que concoururent à le former. En un mot, l’un a tiré de la science une philosophie, que l’autre convertit en religion complète et définitive.
C’est ainsi que l’harmonie fondamentale des deux méthodes objective et subjective constitue enfin la vraie logique humaine, c’est-à-dire l’ensemble des moyens propres à nous dévoiler les vérités qui nous conviennent. Une telle construction était impossible jusqu’ici, soit faut d’un suffisant développement des divers procédés intellectuels, soit parce que leur commune destination sociale restait trop peu caracterisée. Mais par l’irrévocable substitution de la sociologie à la théologie pour le gouvernement religieux de l’humanité, l’esprit d’ensemble et l’esprit de détail, convenablement régénérés, se consacrent également au service continu du vrai Grand-Être. La longue antipathie entre l’analyse et la synthèse se chance en un éternel concours, où chaque méthode suppléera, suivant sa nature, aux principales imperfections de l’autre. Isolément employée, la marche objective, même systématisée, ne conviendrait qu’à la saine élaboration des éléments, mais en exposant toujours à méconnaître l’ensemble, ou du moins en plaçant sa conception générale à la fin d’une immense évolution, qui aurait presque épuisé l’essor mental. Réciproquement, l’usage exclusif de la marche subjective n’aboutirait qu’à faire toujours prévaloir la considération directe du système, mais sans laisser à l’esprit assez de liberté pour préparer dignement les matériaux d’une construction inébranlable. L’heureux concours de ces deux voies alternatives, dont chacune commence où l’autre finit, permet seul de réparer leur épuisement respectif, afin d’utiliser autant que possible nos chétives forces mentales, naturellement si inférieures aux difficultés de leur destination sociale. Aucun dogme de la religion finale ne saurait être assez établi qu’après avoir été démontré par les deux méthodes, quelle que soit celle d’où il émane d’abord. Sans cette confirmation décisive, la nouvelle foi surmonterait trop peu l’esprit de discussion habituelle, inhérent à la nature des convictions qui lui sont propres” (Comte, Système de politique positive, v. I, p. 441-449).

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